Pinpocourt

Depuis 2017, un groupe de personnes hébergées au Centre d’Hébergement d’Urgence Popincourt, situé dans le 11ème arrondissement de Paris, participe chaque semaine à un atelier d’écriture créative. Animé par les auteurs Judith Perrignon et Yann Apperry, ce rendez-vous hebdomadaire de création collective et individuelle permet aux résidents et résidentes de se retrouver dans un contexte convivial, un temps dédié à l’imaginaire et à la création artistique.

Découvrez La Photosynthèse des Poteaux, création sonore issue de l’atelier 2019 par Alice Lefilleul et Clément Baudet.

Chaque séance dure trois heures (une demi-heure d’accueil et de mise en place, deux heures d’atelier, une demi-heure de discussion plus ouverte autour d’un goûter) et concerne 10 à 12 hébergés. Les obligations et aléas de la vie des hébergés du centre impliquent une grande flexibilité. L’assiduité n’est pas exigée, tout comme la maîtrise de la langue et de l’écriture. L’atelier doit rester un lieu d’accueil, ouvert à qui veut, qui peut, parlant français ou pas, l’écrivant ou pas. Tout ce qui est dit peut-être écrit, retranscrit, traduit.

Judith Perrignon et Yann Apperry se partagent les 30 séances d’atelier annuelles. Leur duo d’auteurs permet d’aborder différents “chemins d’écriture”, différentes approches.

L’objectif de cet atelier est de permettre aux hébergés une réappropriation positive de la langue, dont les lacunes posent parfois certains problèmes de socialisation. Le souhait est que les hébergés aient un « temps à eux », différent des autres temps de la vie du centre, où ils puissent se souvenir, s’inventer, se surprendre. L’atelier devient un lieu où hébergés et personnels se rencontrent dans un autre contexte que leurs rapports habituels.

À la fin de la saison, une restitution publique a lieu sur la scène de la Maison de la Poésie afin de faire entendre au grand public toute la richesse qui émane lors des ateliers. Une création sonore, réalisée tout au long de l’atelier, vient alimenter la restitution et offrir aux participants une trace de leur expérience avec la Maison de la Poésie, tout comme la réalisation d’un livret distribué à chacun et comprenant l’ensemble des textes imaginés lors de l’atelier.

Retrouvez les textes issus de l’atelier 2019-2020 dans le livret Une vie sans calcul, disponible ici.

les intervenant.e.s

Judith Perrignon par ©Frédéric Stucin

Yann Apperry par ©Brigitte Bouillot

ET PLUS ENCORE...

Découvrez le projet WATCH, initié par l’Orchestre de chambre de Paris, en partenariat avec la Maison de la Poésie et les ateliers d’écriture du Centre d’hébergement Popincourt.

Depuis septembre 2019, plusieurs ateliers d’écriture ont eu lieu avec des personnes confrontées à un rapport singulier au temps, du fait de la détention, de la maladie, du grand âge, de l’exclusion.

Initié par l’Orchestre de chambre de Paris et le metteur en scène Olivier Fredj, en partenariat avec la Maison de la Poésie et le Centre pénitentiaire de Meaux, ce projet vise à recueillir la parole de patients de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, de personnes âgées résidentes de l’EHPAD Hector Berlioz de Bobigny ou encore de personnes hébergées au centre du Samu social Popincourt à Paris. Quelle est l’expérience du temps propre à ces personnes, chacune confrontée à la temporalité d’une institution ? En quoi cette expérience peut-elle faire écho à la condition de tout spectateur ? L’ensemble des textes recueillis sera ensuite offert à onze personnes détenues à la prison de Meaux, qui s’inspireront de cette matière pour écrire leurs propres textes. L’aboutissement de ce travail donnera lieu à un spectacle musical le 25 septembre 2020 à la MC93 de Bobigny, qui réunira sur scène les personnes détenues et des artistes professionnels, dont des musiciens de L’Orchestre de chambre de Paris. 

La vidéo ci-dessus, réalisée par Samuel Boujnah, vous invite à découvrir les premières étapes de ce processus artistique.

« Ecrire pour se reconstruire », RFI, Journal du 26 mars 2019 

L’odeur du café chaud embaume la pièce. Sur la table : des biscuits, des fruits et du chocolat. L’écrivain Yann Apperry, qui anime l’atelier une semaine sur deux, accueille les résidents du centre avec deux personnes du Samu social et un animateur de la Maison de la Poésie. Aujourd’hui il y a huit participants, mais la porte reste ouverte car chacun est libre d’entrer à tout moment. Tout est fait pour que les résidents ne soient pas intimidés.
 
« J’essaie simplement de leur faire reconnaître leur créativité et le fait que l’accès aux poèmes, à l’écriture et à la chanson est quelque chose de très simple et évident, immédiatement accessible et partageable. Je sens une très grande absence de jugement et beaucoup de bienveillance parce que tout le monde est passé par de tels parcours… »
(Yann Apperry, écrivain et animateur de l’atelier)

 
Gamal à 48 ans, il se déplace en fauteuil roulant. Ca fait dix mois qu’il est hébergé au centre, pourtant c’est la première fois qu’il assiste à cet atelier. Pour lui, c’est une révélation.
 
« Ca me permet de m’évader de ma galère parce que, étant SDF, ça me donne un petit coin de paradis. Et j’ai appris aujourd’hui qu’il y avait des gens du centre où je suis hébergé que je ne connaissais pas sous cet aspect là. C’est important pour moi, et c’est important pour nous. Pour l’ensemble des personnages, des hébergés qui vivent ici, c’est énorme. Dans deux/trois jours on s’en rappellera encore ! »
(Gamal, résident au Samu social de Popincourt)

 
« Annonce : chat de gouttière cherche souris en manque d’amour »
 
Cabossés de la vie, souvent en fracture sociale, les résidents retrouvent ici un peu d’humanité. C’est le cas de Marvin, dandy de 46 ans au look soigné. Il est hébergé au centre depuis un an et demi et c’est un habitué de l’atelier.

 
« Ce qui me plait, c’est qu’il y a une remise en confiance et de la convivialité. C’est comme un bain d’amour dans lequel je me suis ressourcé, replongé, pour repartir d’aplomb. Donc c’est très important. L’écriture c’est mon exutoire, c’est le seul bien précieux que j’ai. A travers cet atelier on retrouve tout un rythme, tout un sens de notre vie qu’on a perdu. » (Marvin, résident au Samu social de Popincourt)
 
L’ensemble du travail de l’atelier sera restitué sur la scène de la Maison de la Poésie au début du mois de juin, et aussi sur un livret remis à chacun. Une fierté pour les participants, et une belle façon de créer une passerelle entre deux mondes.
 
Reportage de Lucie Bouteloup pour RFI

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